Lettre hommage

de François Lemay

à Michael  Wright

Montréal, le 28 février 2022

 

 

Cher Michael,

 

1974, c’était hier. Audiophile passionné qui lisait tout, arpentait les boutiques et ne manquait aucune exposition audio, je me souviens que cette année-là j’ai découvert tes enceintes électrostatiques chez Audio Club.  Un choc inoubliable.  Cellules baignant dans un gaz, écartement des électrodes jamais vu, 12kV de polarisation, point source virtuel, puissance, finesse et dynamique, quelle conception géniale et originale ! Mais j’avais seulement 25 ans, et une salle d’écoute dédiée, un amplificateur puissant et un budget astronomique, n’étaient que des rêves.

 

J’ai enfin pu goûter à ton génie grâce à mon premier préamplificateur haute performance, le fameux SPS MK3 suivi du SPS et du SPA.  Coté enceintes dynamiques, les Dalquist DQ-10 « Phase array » étaient ce qui se rapprochait le plus, mais encore si peu. Comparer un dynamique à un électrostatique est un projet risqué.  Permets-moi de sauter les détails de ma longue démarche d’audiophile qui a vu à regret ta marque Dayton Wright disparaître des radars vers 1985.

 

Il y a six ans, mon enceinte de rêve est devenue réalité.  J’avais une belle salle d’écoute dédiée et des amplis de référence mondiale provenant d’une entreprise que j’ai fondée en 1999 :  Ténor Audio.  Mon ami Jocelyn Jeanson me fait alors écouter une paire de XG-10 qu’il avait patiemment restaurée à l’état d’origine.

Cellules nettoyées et retendues, nouvelle enveloppe de Mylar et charge de gaz SF6, alimentation et connectique révisée.

 

 

 

Jocelyn m’avait déjà aidé à améliorer plusieurs des meilleurs panneaux électrostatiques que je tentais d’aimer, mais le XG-10 m’a donné le même choc à l’écoute 50 ans plus tard. Après 15 ans passés à restaurer et reconfigurer des panneaux Acoustat pour le plaisir, Jocelyn décida de se concentrer sur les Dayton Wright nettement supérieurs.   Ma nouvelle paire XG-10 restaurée faisait des miracles. Après d’innombrables écoutes comparatives rigoureuses avec des références de type multivoix, large bande, ligne source et électrostatique, j’ai conclu que l’idéal serait un mariage de la magie d’une enceinte large bande à l’énergie et à la vitesse d’un grand panneau.  Je n’ai aucune prétention scientifique, mais j’avais l’intuition que si toutes les cellules étaient à la même distance de l’oreille, on pourrait transformer ton fameux point source virtuel concave en point source réel convexe.  Il faudrait cependant sacrifier la dispersion large que tu avais à l’origine conçue pour une salle de cinéma Imax .  Tant pis, c’est un projet personnel optimisé pour une seule position d’écoute, la mienne.

 

On a donc osé extraire les cellules des magnifiques boîtiers en bois de rose.  Heureusement, elles ont la vie dure et la plupart fonctionnent encore parfaitement après 45 ans.  Nous avons écouté longuement des arrangements jusqu’à 12 cellules avec plus de 45 combinaisons de filtre et tweeter.  Trois ans et plus de 3000 heures de réingénierie bénévole (tu sais bien ce que je veux dire !), on trouve enfin la recette magique à 9 cellules en 3 groupes.  Seule celle du centre n’est pas filtrée et les autres sont atténuées en niveau et fréquences par un réseau résistif haut voltage.

 

Il n’y a donc ni condensateur ni inducteur dans le signal. Bien entendu, le gaz SF6 qui n’est plus écologiquement permis est absent, mais le transfo Hammond encore inégalé reste au poste. Le circuit de polarisation, véritable moteur de l’enceinte a été complètement repensé par Michel Vanden Broeck le concepteur de Ténor Audio.  Plusieurs astuces et des pièces modernes 100 fois plus performantes permettent enfin de découvrir le véritable potentiel de tes cellules.  Que donnerais-je pour que tu entendes tes XG-10 avec ce nouveau circuit !

 

Jusqu’ici, seulement quelques audiophiles d’expérience pourtant bien familiers avec mon système de référence y ont été exposés.  À en juger de leurs larmes, de leur émotion et de leur incrédulité, ils n’en croyaient pas leurs oreilles. Enceintes disparues, profondeur incroyable, vivacité, spatialisation, balance tonale et bien plus leur permettaient de découvrir de nouvelles voix et instruments dans des enregistrements qu’ils croyaient connaître à fond mais surtout, ils se sentaient complètement absorbés par la scène musicale quasi réelle.

 

Nous avions réussi à acquérir assez de bonnes cellules et de transformateurs Hammond pour produire 5 paires sans attention particulière pour la finition. L’écoute les yeux fermés est notre norme.  Mais la rumeur s’est répandue et on me suppliait d’en fabriquer d’autres.  La recherche d’autres XG-10 bien conservés commence alors et un jour, la plus extraordinaire des rencontres se produit.  À Toronto, un certain Andrew (ton vieil ami) me vend avec nostalgie sa paire et me confie sa grande admiration pour toi.  Il me montre même une collection de tes caricatures étonnantes,

un talent de plus que je ne te connaissais pas.

 

Mais lorsque je lui confie que je ferais des bassesses pour trouver des pièces, il sourit et m’invite à le suivre.  Parvenu au 97 Newkirk Rd, je crois rêver en voyant le nom de Dayton Wright sur la porte.  La charmante dame qui m’accueille croit elle aussi rêver lorsque je lui montre une photo de mon enceinte.  Après 35 ans, quelqu’un est assez obsédé pour pousser le développement.  Si tu avais vu ses yeux incrédules s’illuminer…  Il s’agit bien sûr de Betty Wright (Gordon), celle qui a partagé ta vie et  a contribué à une autre de tes inventions géniales :  le fameux Stabilant qu’elle fabrique toujours au 97 Newkirk avec son fils Scott   Et si tu avais entendu mes exclamations lorsque qu’elle m’a ouvert la porte du grand espace de fabrication laissé à l’abandon et empoussiéré depuis 35 ans.  Avais-tu secrètement ou inconsciemment gardé le tout intact au cas où un jour un type comme moi déciderait reprendre la marche dans l’empreinte de tes pas ?

 

Qu’importe. Nous avons pu acquérir assez de bonnes cellules pour fabriquer une dizaine de paires, transfo et autres pièces essentielles.  Betty m’a aussi autorisé à utiliser ton nom, Dayton Wright, pour ce projet.  Je compte bien y faire honneur. Dans les vieux documents, j’ai espéré, sans succès, découvrir la formule du composé résistif pour les cellules.  En revanche, en cherchant avec Betty dans ce que j’appellerais les Dayton Wright papers abandonnés, j’ai trouvé des projets et documents de recherche mais aussi ton cahier de labo du MIT, ton badge du salon audio de Montréal en 1974, un roman de 400 pages corrigé au liquid paper. Un casque de scaphandre et le système de stimulation musculaire et quelques prototypes complètent les trouvailles.

 

Comme tu as toi-même raconté en détail les hauts et les bas de ton aventure sur le site Dayton wright.com, j’y ajouterai quelques documents.  Entre ton premier panneau électrostatique créé à l’âge de 15 ans et les milliers d’enceintes et de préamplificateurs que tu as vendus dans plus de 18 pays, entre ton projet de modéliser le cerveau humain en hologramme et ta théorie de la périodicité il y a de quoi inspirer quelques chercheurs.

 

Pour porter ton nom, les dix paires devaient avoir un design et une finition spectaculaire.  J’ai confié la tâche à Patrice Guillemin et pour compléter notre travail de contrôle de toutes les sources de résonances, une base anti-vibration a été spécialement développée par Jean-Francois Michaud de Modulum audio.

 

Dans quelques semaines, je vais dévoiler le résultat de nos efforts à Betty lors du Salon Audio de Montréal.  Quand le voile tombera, elle verra le fruit de notre travail, mais surtout elle entendra une musique si céleste qu’elle croira que tu es devenu musicien.  De mon côté, je ne serais pas surpris que dans 50 ans, quelques audiophiles admirent leurs Dayton Wright Hommage dont les cellules chantent merveilleusement depuis 100 ans.

 

 

 Au nom de tous les audiophiles et de tous les musiciens,

 

François Lemay

 

 

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